biographie_num01C’ est dans une ambiance latino-américaine qu' Yves Cauche grandit. En effet, son père, dit « Andres del Norte », grand amateur de musique des Andes, débute en tant que flûtiste professionnel dans divers groupes de renommée du folklore Sud-américain des années 60 (les Guaranis, Los Incas et Los Calchakis), avec lesquels il joue et enregistre plusieurs 33 tours, avant de former son propre groupe, Los Cholos, avec lequel il obtiendra le prix de l’académie Charles Cros en 1970.

C’est donc tout naturellement qu’ Yves commence à jouer avec son père qui lui enseigne, dés l’âge de sept ans, le maniement des instruments indiens (le bombo, tambour indien, la kéna et la zampoña, flûtes indiennes de la cordillère). Un peu plus tard, attiré tout particulièrement par les cordes il se tourne vers le charango, sorte de mandoline andine, puis aidé de Virgilio Rojas, maître incontesté, vers la guitare sud américaine qui deviendra son instrument de prédilection. Après un long apprentissage, il intègre enfin le groupe de son père avec lequel il monte sur les planches pour la première fois à l’âge de douze ans. Puis après avoir joué quelques années aux côtés de son père, il intègre en 1975 un groupe de musique purement bolivienne, Los Waynas avec le chanteur, Wilmer Alarcon et le charanguiste, Carlos Guzman. S’ en suivra une tournée de deux ans en Espagne à Barcelone puis à Genève ou il fait la connaissance des maîtres incontestés comme Alfredo Dominguez et Edgar Yayo Joffre. Devenu spécialiste du jeu guitariste bolivien, il crée à son tour son propre groupe Los Anatuyas à Frankfurt, en Allemagne en 1977 avec le flûtiste Domingo Lee et le chanteur Lucio Arias avec lesquels il tourne prés de deux ans. Toujours multi instrumentiste, Yves Cauche, doué pour l’harmonie, se découvre un don pour la composition et l’arrangement musical. Riche de toutes ces expériences, il se lance en solo dans la chanson. S’accompagnant à la guitare, devenant une sorte de bluesman de la chanson andine, à la façon du célèbre poète argentin et guitariste d’origine indienne : Atahualpa Yupanqui.

biographie_num02.jpgLa véritable carrière d' El Cholito débute à ce moment là... La vague sud-américaine bat son plein, Yves remplit les salles, tourne dans les maisons des jeunes et de la Culture, les centres culturels, les cabarets, les festivals et les cafés-théâtres, en solidarité avec des associations d’ordre humanitaire telle qu’Amnistie Internationale, il est sollicité dans toutes les régions de France. Européen avant l’heure, il tourne aussi en Belgique, en Hollande, en Italie puis au Portugal avant de s’installer à Nice en France où il rencontre le guitariste Rodolphe Raffali et le bassiste Jean-Marc Jaffet, tout en continuant par ailleurs ses tournées. Mais il sent arriver l’heure de franchir une nouvelle étape, et la rencontre, au hasard d’une tournée, avec le compositeur bolivien Mario Gutierrez, ancien journaliste et fondateur du groupe Los Rupay, de renommée internationale, lui permet de prendre conscience de la nécessité d’aller jusqu’aux racines de cette musique.

Et c’est fait le 25 mars 1980, Yves Cauche débarque à Lima, au Pérou, avec pour tout bagage une guitare et une centaine de chansons ! Dés son arrivée la chance lui sourit en la personne d’un maître incontesté, le chanteur guitariste traditionnel de Puquio, Manuel Prado. Ce dernier le fait connaître dans toute la capitale grâce à une audition qui lui ouvre la porte du plus coté des cabarets de l’époque, La Pena Wilafa. Yves s’y produit plus d’un mois et il y fait la connaissance de nombreux talents comme Susana Baca ou Gabriel Garcia Zaraté. Il prend enfin la direction de la Bolivie et profite de ce périple de six mois pourbiographie_num03.jpg récolter sur son chemin quelques merveilles du folklore péruvien et croiser d’illustres compositeurs populaires tels que Ranulfo Fuentes d’Ayacucho ou encore Gabriel Alarcon Claros, grand harpiste de Cuzco, qui lui enseigne d’autres manières de jouer le huayno, rythme populaire andin, avec toutes ses subtilités.

Ce nouveau répertoire inédit en poche, El Cholito débarque à la Paz et y séjourne un an. C’est le début d’un succès qui ira grandissant, particulièrement à la Peña Wara, où il fait la connaissance d’une grande chanteuse en vogue, Emma Junaro, qui lui propose de l’accompagner dans son tour de chant mais, résolument ancré dans le style traditionnel, il refuse et Emma Junaro le révèle tout de même au grand public en lui proposant la première partie de son spectacle au grand théâtre « Franz Tamayo » dans la capitale. Ce français au coeur indien séduit un public qui revient l’applaudir trois mois plus tard dans ce même lieu où il se produit en solo. Le milieu étudiant l’accueille ensuite au Paraninfo, centre culturel universitaire. Puis, suite à son passage télévisé, c'est au tour de la grande chanteuse poétesse Matilde Casazola qui l'invite dans sa province à Sucre où il se produit, ainsi qu’à Cochabamba.

Il est reçu par la télévision nationale bolivienne dans le cadre d’une émission de grande audience: Aplausos. Emission principalement réservée aux auteurs-compositeurs et interprètes de musique traditionnelle. Ce passage télévisé consacre Yves Cauche « artiste populaire » et plusieurs émissions régionales l’invitent sur ses plateaux. Sa tournée dans le pays est un triomphe et de retour à la Paz la maison de disque Discolandia le contacte. Mais Yves Cauche est alors engagé pour la cause indienne et doit hélas quitter le pays en catastrophe pour se réfugier au Pérou: un coup d’état se prépare. Malheureusement, le chaos empire et après un séjour à Aréquipa il regagne Lima pour un concert d’adieu avant de rejoindre l’Europe. La musique spirituelle des indiens, fils de la terre mère des hauts plateaux dont l’humilité, l’écoute, et le respect. Cette musique riche et profonde souvent méconnue par les oreilles occidentales restera gravé a tout jamais dans le cœur d’ Yves.

De retour en France, avec l’aide d’un jeune producteur breton, Dominique Sikora, El Cholito enregistre Métropolitando, son premier vinyle de huit titres, au Studio Campus dans le 11ème à Paris, sous le parrainage du Ministère de la Culture. Il tourne beaucoup dans le grand ouest avec son disque tout en commençant à s’intéresser à la musique brésilienne et plus particulièrement à la Bossa-nova qu’il affectionne.

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Lors d’un passage à Paris, en 1982, il rencontre Maddo Afonso, chanteuse de jazz, passionnée de musique brésilienne qui lui fait découvrir la bossa-nova de Joâo Bosco : le coup de foudre est aussi sentimental qu’artistique et ils jouent ensemble un répertoire autour de compositions d’Antonio Carlos Jobim en passant par Chico Buarque et João Gilberto prés de deux ans dans différentes caves parisiennes, puis au Portugal. Il reprend ensuite la route, souvent entre les cabarets de Rennes et Paris, en solo et toujours à la recherche de nouvelles rencontres musicales.

Lors d’une tournée, il tombe sous le charme du petit port de Saint-Goustan dans le Morbihan et décide de s’y installer. Il rencontre le guitariste Alain Le Bris et ensemble ils décident de former un groupe de musique Sud-américaine à tendance « jazz latino brésilien » avec lequel il essuie ses premières armes en tant qu’auteur-compositeur et interprète. Les textes plaisent, la musique aussi et il se produit sur différentes scènes dans les cafés concerts de Bretagne sous le nom Cuartel Latino avec Patrick Goyat à la basse, Franck Hihuel aux percussions, Franck Le Masle au piano et ce pendant plus de deux ans. Yves s’échappe quelques temps du monde de la musique pour une rencontre avec le théâtre.